Copie peinte

A l’automne 1880, Renoir est à Chatou. Il écrit à son ami Paul Bérard « Je fais un tableau de canotiers qui me démangeait depuis longtemps […] C’est déjà très dur : il faut de temps en temps tenter des choses au dessus de ses forces ».
Il reste chez les Fournaise durant la réalisation de son grand tableau. Puis celui-ci est acquis par le marchand d’art Paul Durand-Ruel et exposé lors de la septième exposition des Impressionnistes en 1881. Quelques années plus tard, en 1923, le collectionneur Duncan Phillips achète le tableau aux fils de Durand-Ruel. Pour cet amateur qui a ouvert le premier musée privé américain d’art moderne à Washington, Le Déjeuner des canotiers est « l’un des plus grands chefs d’oeuvre du monde ». Il prédit avec clairvoyance : « les gens feront des milliers de kilomètres jusqu’à nous pour l’admirer ».
Ce tableau marque aussi un tournant dans l’oeuvre de Renoir: il résume son travail d’une douzaine d’années. D’une touche assagie, il compose une scène complexe mais plus synthétique que le Bal du Moulin de la Galette. Il maîtrise également la lumière ensoleillée qui traduit la chaleur de ces déjeuners amicaux, une certaine idée du bonheur devenue aujourd’hui l’image d’un âge d’or.
Huile sur toile 130 x 176 cm
1880-81
Washington, Phillips Collection
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Hippolyte Alphonse est le fils du propriétaire du restaurant, Alphonse Fournaise. Maupassant le décrit comme "un fort garçon à barbe rousse, d'une vigueur célèbre [qui] donnait la main aux belles petites en maintenant d'aplomb les frêles embarcations" (La Femme de Paul, 1881). Renoir le représente une nouvelle fois dans "Les Canotiers à Chatou" maintenant la pointe d'une yole sur les bords de Seine.
Vers 1879, Renoir rencontre Aline Charigot, jeune couturière de 20 ans sa cadette, près de chez lui à Paris. Aline accepte d'être son modèle et sa compagne, puis son épouse en 1890. Elle est reconnaissable dans un grand nombre de tableaux par son visage poupon, ses yeux rieurs et sa silhouette généreuse. Renoir aimait les façons simples et le bon sens de cette jeune femme champenoise issue d'une modeste famille d'Essoyes. Ils eurent trois fils : Pierre (acteur), Jean (cinéaste) et Claude dit Coco (directeur de production et céramiste).
Renoir aime peindre des natures mortes. Il confie à Georges Rivière : "Cela me repose la cervelle […], je pose des tons, j'essaye des valeurs hardiment." Pour composer "Le Déjeuner des canotiers", Renoir assemble ses sujets de prédilections, le paysage et des personnages autour de la nature morte au premier plan, aux forts empâtements. Les raisins évoquent la fin de l'été durant lequel fut peint ce chef d'oeuvre, une saison appréciée par Renoir pour sa lumière et sa douceur.
Fille d'Alphonse Fournaise, le propriétaire du restaurant de l'Ile de Chatou, Alphonsine est la charismatique serveuse de l'établissement. Elle se marie et s'installe à Paris. Mais son veuvage à 26 ans la ramène à Chatou auprès de ses parents et ses chers bords de Seine. Elle pose pour Renoir et très probablement pour Degas.
L'identification de la plupart des personnages reste de l'ordre de l'hypothèse : les visages se ressemblent, les femmes portent des robes similaires. Les quatorze canotiers et canotières se regardent les uns des autres, leurs attitudes vivantes créent une atmosphère de «bonne humeur» selon Duncan Phillips, propriétaire du chef-d'oeuvre à Washington. Quatorze figures rassemblées en quatre groupes montrent une scène festive de la vie moderne. Savez-vous pourquoi être treize à table porterait malheur ? Ce nombre rappelle le dernier repas du Christ au milieu des douze apôtres avant sa crucifixion.
À l'arrière-plan du balcon du restaurant Fournaise, les bateaux brièvement esquissés sur la Seine témoignent de l'animation de cette station de canotage en vogue. À l'horizon, Renoir peint le pont de chemin de fer, symbole de la vie moderne, qui permet aux Parisiens de rejoindre Chatou. Le paysage idyllique masque cependant une réalité tragique : la pollution du fleuve causée par l'écoulement des égouts de Paris. Les épidémies de choléra obligent les préfets et les ingénieurs à chercher des solutions pour limiter cette pollution tout au long de la seconde moitié du 19e siècle.
Traditionnellement ce personnage est identifié comme étant Gustave Caillebotte. Pourtant il est impossible de reconnaître les traits du peintre. Gustave Caillebotte est l'un des amis les plus intimes de Renoir. Il est le parrain de Pierre Renoir, le fils aîné de Renoir. Caillebotte nomme Renoir comme l'un de ses exécuteurs testamentaires. Ingénieur fortuné, peintre, mécène, Caillebotte possède un chantier de construction navale à Gennevilliers, à huit kilomètres de Chatou. Il conçoit le magnifique voilier de régate, le Roastbeef (reconstruit par l'association Sequana, Ile de Chatou).
Jeanne Samary est une actrice de la Comédie Française. Renoir réalise environ douze portraits d'elle. Par la suite, Jeanne Samary lui préférera des peintres plus classiques, mettant en valeur son visage par une technique ultra réaliste.
Paul Lhote est un ami proche de Renoir. Il est le modèle pour le personnage masculin dans le dyptique conservé au musée d'Orsay, "Danse à la campagne" et "Danse à la ville" en 1883. Son amitié constante et sa fidélité lui valent d'être le témoin du peintre à son mariage avec Aline Charigot en 1890.

Voir aussi :
L’Histoire de la Maison Fournaise
Parcours-spectacle « Renoir impressionniste, l’expérience immersive »